2 octobre 2013

ARRÊT DU BLOG

Après avoir beaucoup hésité, j'ai pris la décision de mettre fin à ce blog.
Les deux raisons qui m'y ont poussé sont celles-là mêmes qui m'ont amené à me lancer dans cette aventure.

La première concerne la transmission à l'intention de  ceux qui s'y intéressent, particulièrement en Tunisie, des réflexions que mon ami, le regretté Noureddine Bouarrouj, m'a confiées avant sa brusque disparition fin 1992.
C'est chose faite. Je pense notamment à son importante contribution sur les causes et les conséquences de l'effondrement de l'Union soviétique. Ses réflexions sur l'Islam ne sont pas moins intéressantes. J'en ai publié les pages les plus significatives et les plus liées à l'actualité.

À la lumière des réflexions de Noureddine Bouarrouj venues de l'intérieur d'une expérience historique anticolonialiste militante et d'une subjectivité arabo-musulmane, j'ai essayé de comprendre et d' accompagner les événements du prétendu "printemps arabe". La suite est venue me prouver la justesse de cette approche.

La deuxième raison du maintien de ce blog était liée à la guerre planétaire contre la Syrie et aux torrents de haine, de falsifications et de mensonges déversés par les directions politiques du monde dit "démocratique" pour cacher leur responsabilité dans ce bain de sang. Désormais, la Syrie ne risque plus d'être attaquée par l'Otan. Ainsi sauvée des griffes du néocolonialisme, elle reste cependant exposée à ses agents  recrutés au sein des forces les plus obscures de la réaction arabe et musulmane. Mais cela au moins fait partie de problèmes liés à des contradictions internes qu'il faudra résoudre tôt ou tard.

L'histoire arabe s'est en effet remise en marche pour de bon. Elle est encore perdue dans les dédales de la géopolitique régionale et mondiale et dans les méandres des idéologies identitaires. Viendra ensuite le jour où il faudra se résoudre à prendre le taureau par les cornes pour répondre aux attentes d'une jeunesse pléthorique en proie au chômage, au désœuvrement et au mal être. C'est en cherchant les moyens de relever ce défi que le monde arabe pourra se remodeler de l'intérieur et selon son génie, en fonction de son espace et de son temps. 

Au niveau mondial, la roue de l'Histoire a tourné, poussée, comme une noria, par le fleuve de sang syrien.

À tout seigneur tout honneur, le moment du basculement a eu lieu à l'ombre de Big Ben, en Grande Bretagne, lorsque la Chambre des Lords a refusé par un vote, l'engagement dans la guerre contre la Syrie voulu par la France et les État-Unis, travaillés au corps par Israël, l'Arabie saoudite et le Qatar. Le Royaume-Uni confirme ainsi son rôle de meneur véritable du monde occidental auquel les États-Unis fournissent ses légions… et son dollar mité.

Vladimir Poutine s'est révélé être un digne successeur d'Ivan le Terrible, l'homme qui se leva pour mettre fin, au milieu du XIVe siècle, à la menace des hordes mongoles qui menaçaient la Russie. Elles essaimaient dans toute l'Asie intérieure, pillant et rançonnant de la Géorgie jusqu'à Moscou et d'Afghanistan jusqu'en Sibérie et aux portes de la Chine. L'affirmation du rôle de Vladimir Poutine a commencé avec la guerre en Tchétchénie. Il s'est précisé au cours du conflit avec la Géorgie et il s'est nettement affirmé avec la protection de la Syrie livrée aux assauts des hordes noires jihadistes; hordes surgies du Moyen-âge auxquelles les Occidentaux voulaient prêter main forte en décapitant le pouvoir et l'État syriens, comme ils le firent en Irak et en Libye.

Mais la tragédie syrienne a d'abord révélé un héros arabe comme les Occidentaux les redoutent. Bachar el-Assad est en effet de la trempe d'un Mossadegh ou d'un Bourguiba :  acquis aux valeurs du monde moderne, il est ferme dans la défense des intérêts et des valeurs de sa patrie et de sa culture. Rationnel, et ne s'emportant jamais, on ne lui connaît pas de faux pas tout au long de cette épreuve, ni le moindre geste ou mot déplacés. Sa fidélité aux alliances  et à la cause palestinienne ainsi que sa patience  sont venues prouver que les victoires sont longues à mûrir, se cultivent comme les plantes et sont le fruit d'une vision globale. Différent des potentats arabes, il se détourne de la rhétorique et de ses discours verbeux,  méprise les richesses, révère le destin historique de son pays et ne craint pas la mort.

À présent, les crises et les tourments du monde occidental dont celui-ci a voulu se distraire lors de ses dernières équipées néo-coloniales vont apparaître au grand jour, et il lui faudra, lui aussi, prendre le taureau de ses problèmes par les cornes.