23 mai 2013

RETOUR À LA RÉALITÉ DANS LA BATAILLE DE SYRIE

Un grand silence avait suivi les frappes israéliennes du 5 mai dernier sur des cibles autour de Damas.
Pendant longtemps dans la capitale syrienne, comme à Moscou ou à Téhéran, il n’y eut pas le moindre commentaire.
Dans le camp des agresseurs, ce n’est même pas Israël qui a été le premier à évoquer son action, mais la Maison Blanche avec un Obama  justifiant le "droit d’Israël" etc., etc..

Ici et là, on devait pressentir vaguement que l’affaire sentait le soufre.

À en croire la plupart des commentaires, ce raid devait aider l’ « Armée syrienne libre » à entrer à Damas. Selon un commandant de cette organisation, ce raid au cours duquel des armes à l’uranium appauvri ont été utilisées, a « planté la joie dans les cœurs » de ses partisans.
Cela ne les a pas empêchés d’être sévèrement mis en échec par l’armée arabe syrienne, visiblement préparée.

Ce sont les États-Unis, semble-il, qui ont décidé de cette opération. Ce qui peut expliquer l’expectative de Moscou et le silence général qui a suivi le raid destructeur. Tout s’est passé comme si Washington avait voulu, à défaut d’une vraie guerre  qu’elle est incapable de gagner, risquer un coup d’éclat destiné à « planter la joie au cœur de ses alliés qatari, turc et saoudien. Ensuite elle pourrait donner l’impression de reprendre l’initiative en endossant les habits d’un « faiseur de paix ».

Le secrétaire d’État aux Affaires étrangères John Kerry a été dépêché séance tenante à Moscou pour rencontrer son homologue russe avant d’être reçu par le président Vladimir Poutine — qui le fit attendre trois heures avant de le recevoir — et il est sorti de cette entrevue en affirmant que Washington et Moscou étaient sur la même longueur d’onde concernant les accords de Genève de l’été dernier.
C’était reconnaître que tous les efforts que les États-Unis et leurs alliés européens et arabes avaient entrepris pendant près d’un an pour faire capoter cet accord — chapeauté par les Nations-Unies et donc bâti autour de la loi internationale —, ont été vains.
Tous les espoirs de voir la soi-disant opposition syrienne se structurer d’une manière convaincante ont été inutiles.
Les flots d’armes et d’argent dispensés sans compter aux bandes armées n’ont également servi à rien.  Les tombereaux de mensonges déversés par les directions politiques occidentales (comme à propos du prétendu usage d’armes chimiques par le gouvernement) et les spéculations de leurs médias sur la chute « imminente » de Bachar al-Assad ont piteusement fait « flop ».
Les gesticulations affligeantes d’une Ligue arabe en ruine n’ont fait que remuer du vent et agiter des pantins. Pareillement, les votes hostiles à la Syrie à l'Assemblée générale des Nations unies n'ont servi qu'à mieux mettre en évidence, par-delà les nombres trompeurs, quels sont les pays libres — qui soutiennent la Syrie — et quels sont ceux qui ne le sont pas parce qu'asservis ou corrompus.
Les tentatives de forcer la Jordanie à s’impliquer dans la guerre comme base arrière se sont révélées lourdes de menaces pour l’unité du royaume, voire pour sa survie. Celles de faire du Liban la cour arrière des jihadistes de tous les pays, unis sous les drapeaux noirs de la misère intellectuelle et des monstruosités qu'enfante l’ignorance mariée à la haine, ont accéléré le rejet du peuple syrien de cette engeance barbare. Celle aussi du peuple libanais que d'aucuns veulent encore entrainer dans une guerre civile de nature sectaire.
Aussi, ce voyage de John Kerry à Moscou avait-il pris les allures d’une reddition aux arguments de la Russie qui ne s’est jamais départie de son attachement au respect du droit international et qui n’aime pas voir ses vis-à-vis jouer avec le feu du terrorisme.

Le secrétaire d’État U.S aux Affaires étrangères n’aurait jamais entrepris ce voyage si le joker israélien avaient obtenu les résultats espérés des raids sur la banlieue de Damas et réussi à redonner l’avantage aux bandes armées de l’ASL (chapeautées par le Qatar et la Turquie) et aux jihadistes internationaux d’al-Qaïda pilotés depuis Riyad, Londres et Washington.

Après John Kerry, James Cameron, le Premier ministre britannique, puis Benjamin Natanyahu, le Premier ministre israélien, entreprirent le voyage à Moscou. Ils ont montré par la quels sont  les véritables meneurs de cette guerre contre la Syrie  qui vise aussi l’Iran et le Hezbollah. Ce fait seul a de l’importance. Quelle que soit le comportement à venir de ce trio concernant la Syrie, il montre en effet un début de prise en compte du sérieux de l’engagement russe dans le soutien de la Syrie ; une réalité que Washington, Londres et Tel-Aviv ont voulu longtemps nier ou tenir pour insignifiante.
Cela explique la panique qui s’est emparée des autres ennemis de la Syrie comme la Turquie et la France, le Qatar, l’Arabie saoudite et les pays du « printemps » noir.

Face à la Syrie, à la Russie et à l’Iran qui jouent aux échecs — usant donc de stratégie —, les ennemis de la Syrie et les misérables opposants de l’extérieur qui se prétendent syriens, jouent au poker — basé sur la dissimulation, les coups de bluff et le mensonge —. En lançant ses raids sur la banlieue de Damas, au mépris, bien sûr, de toutes les lois et avec un assentiment occidental en acier — les ennemis de la Syrie ont abattu leur jeu. Ils ont perdu cette partie. Mais qui peut donc croire qu’ils vont  engager la prochaine en se mettant aux échecs ; un jeu qu’ils ne maîtrisent pas ?

3 mai 2013

LES AVANTAGES POUR L'OCCIDENT D'UNE GUERRE D'USURE PROLONGÉE EN SYRIE



Dans le précédent article, le scénario envisagé d’une guerre limitée au P.O. laisse poindre des conséquences négatives pour les acteurs régionaux et des avantages exclusifs pour  les Occidentaux.
La raison principale qui empêche un tel conflit réside d’ailleurs dans la retenue dont font preuve la Syrie et ses alliés russe et iranien, ainsi que dans la volonté de Washington de ne pas entrer en guerre sans être sûre de ses résultats. S’il y a donc un risque de guerre régionale, il ne peut résulter, directement ou indirectement, que de l'initiative de deux États existentiellement liés aux intérêts occidentaux : Israël et la Jordanie, sans impliquer officiellement le mentor étasunien.
Pour la première fois depuis sa création,  Israël pourrait mettre son existence en jeu en se lançant dans pareille aventure; c’est pourquoi la Jordanie est poussée par les États-Unis et par l’Arabie saoudite à jouer le rôle de boutefeu.

Les informations relatives à la présence de l’armée US et de la CIA aux frontières jordano-syriennes font état  de la formation de combattants devant alimenter une percée continue dans le flanc sud de la Syrie en direction de Deraa, l’avant-poste de Damas. Cela, après que les infiltrations depuis la Turquie et le Liban ont commencé à devenir problématiques, car dans les régions nord de la Syrie, l’armée régulière est en train de reconquérir le terrain perdu. Ce déplacement de la pression du nord de la Syrie vers son sud, soulage la Turquie — de plus en plus sensible aux pressions de la Russie — ainsi que le Liban  qui risquait d’être entrainé dans la guerre et d’en étendre le foyer en Israël. Si la guerre gagnait le pays des cèdres, le Hezbollah, serait contraint en effet d'entrer en guerre contre l'État sioniste plutôt que de se laisser entraîner dans une guerre confessionnelle contraire à ses orientations.

En plus de ces aspects, l’implication de la Jordanie permet de privilégier une ingérence saoudienne dans la crise syrienne au détriment de celle du Qatar qui s’exerçait par le biais de la Turquie et profitait essentiellement aux forces alliées à Al-Qaïda. Le Qatar semblerait être plus utile aux États-Unis dans la guerre menée dans le Sahel africain.

Un front jordanien permettrait de revenir à la fiction d’une « armée syrienne libre » plus conforme aux désirs occidentaux; fiction battue en brèche par le déferlement de mercenaires (estimés à 80% des effectifs des « rebelles ») sous l'obédience d’Al-Qaïda via le Front Ennossra. La Jordanie deviendrait ainsi la plateforme d’un terrorisme djihadiste « halal » sponsorisé par Riyad et Washington, et un bastion "sunnite" avancé sous protection étasunienne et israélienne. Ce qui aurait l’avantage de contribuer au désengagement de l’Otan du bourbier syrien et de soulager une Europe qui n’a pas les capacités de se mettre à dos la Fédération de Russie. Cette option jordanienne aurait ainsi le mérite de « rationaliser » le tableau du champ de bataille syrien et de l'orienter vers une guerre civile entre sunnites et chiites, pour la grande satisfaction des Saoudiens et des Israéliens. Dans ce cas, la Syrie,— et donc la Russie et l’Iran —  hériteraient de la grave responsabilité de décider ou non d’une guerre ouverte avec l’Occident qui débuterait par une attaque syrienne contre la Jordanie ou, plus probablement contre Israël, car cela mettrait l’opinion arabe aux côtés de Damas.

Tant que le camp de la Syrie et de ses alliés sera confronté à ce grave dilemme, les Occidentaux et leurs alliés régionaux conserveront l’initiative d’une guerre d’usure implacable dont ils ont tout à gagner. Ils continueront à affaiblir le pouvoir syrien et à ruiner son État. Ils maintiendront l’Iran et le Hezbollah sur la défensive et ils contribueront à conforter les orientations prises par les régimes issus du « printemps arabe » qui commencent à être embarrassés par l’inconnue syrienne.  Si, enfin, les alliés régionaux de Damas venaient à engager leurs forces pour soutenir la résistance syrienne, comme l’ont dernièrement laissé entendre les déclarations du chef du Hezbollah pour lequel les alliés de Damas ne laisseraient jamais son régime tomber, les avantages profiteraient là encore aux Occidentaux qui ne pourront que se féliciter devant la perspective de voir les islamistes et les nationalistes se combattre et s’affaiblir mutuellement. Cela contribuerait aussi à élargir, à étendre et à généraliser un chaos que les capitales occidentales appellent de leurs vœux, à défaut d’une stabilisation de la région qui ne serait pas à leur avantage.